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  <title>Le blog de /ut7</title>
    <description>Notes d'atelier</description>
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    <language>fr</language>
  
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      <title>Pourquoi décide-t-on au dernier moment ?</title>
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      <pubDate>Fri, 03 Oct 2025 00:00:00 +0200</pubDate>
      <description>&lt;p&gt;Rétrospectivement, on s’étonne de l’absurdité. On aurait pu prendre telle ou telle décision tranquillement, plus tôt, dans de meilleures conditions, au lieu de tergiverser, laisser en suspens, différer un choix qu’on ne tranchera qu’une fois arrivée l’ultime échéance temporelle. C’eût été plus rationnel, moins stressant, et il n’y a pas de corrélation logique entre la longueur de la réflexion et la meilleure décision, à informations égales bien sûr. On sait qu’il nous est arrivé de faire des choix qu’on qualifiera de mauvais, par excès – et non par manque – de temps de réflexion. On pourra se sentir un brin vexé·e d’avoir manqué de rationalité et se condamner d’avoir commis encore une fois ce péché à la fois ressassé et diabolisé par notre culture productiviste : la procrastination.&lt;!--more--&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il est vrai qu’on peut distinguer une réaction immédiate d’une action choisie par leur temporalité différente. Mais en creusant, si l’on admet que nous sommes des êtres bien moins rationnels qu’on aime le croire (un simple coup d’œil dans le rétroviseur de l’histoire et sur le théâtre du monde nous renseigne pas mal), on peut interpréter la prise de décision autrement : ce qui fait la décision, ce n’est pas la supériorité rationnelle du meilleur argument dans un calcul abstrait et neutre. Ce qui fait une décision, c’est sa position temporelle dans la délibération : une décision est le &lt;em&gt;dernier moment d’une délibération, le moment d’arrêt imposé par un arbitraire externe ou interne qui nous contraint à l’action.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En d’autres termes, &lt;strong&gt;décider au dernier moment – au moment qui précède immédiatement l’action et/ou coïncide avec elle – n’est peut-être pas un trouble procrastinatoire. Ce serait plutôt une tautologie.&lt;/strong&gt; Pourquoi ?&lt;/p&gt;

&lt;h2 id=&quot;la-décision-est-une-passion-comme-une-autre&quot;&gt;La décision est une passion comme une autre…&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Une conception trop méconnue de la décision a été proposée avec une grande clarté par le philosophe empiriste &lt;strong&gt;Thomas Hobbes (1588 - 1679)&lt;/strong&gt;. Dans son essai &lt;em&gt;De la nature humaine&lt;/em&gt;, Hobbes soutient que la délibération n’est pas la mise en balance d’arguments et contre-arguments rationnels au sujet d’une action envisagée, mais la succession dans le temps de désirs et de craintes, nos deux affects fondamentaux. Nourris par des croyances tirées d’expériences antérieures, les désirs comme les craintes alternent en nous jusqu’à ce que la délibération s’arrête sur l’un ou sur l’autre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Par exemple, lorsqu’on hésite à envoyer un e-mail délicat et non formellement nécessaire, on se représente le soulagement qu’on éprouvera à communiquer notre message, puis la crainte que l’autre ne se braque, puis l’espoir que la situation problématique ne se représente plus, puis la peur de ne pas être compris·e etc. Au moment de cliquer, la délibération qui l’aura précédé consiste dans une suite de désirs (représentations du plaisir que j’éprouverais, selon mes croyances) et de craintes (représentations de douleurs auxquelles l’action envisagée m’exposerait, selon mes croyances). Ma décision d’envoyer n’est que le dernier temps de la délibération. Mais retirons quelques secondes à la délibération parce que je suis interrompu·e par un coup de fil ou l’alarme de mon détecteur de fumée, et la décision aurait été mon renoncement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce qu’on prend pour un temps de réflexion ne confronte pas des arguments simultanés, mais consiste dans des passions successives, « &lt;strong&gt;ces désirs et ces craintes qui se succèdent les uns aux autres aussi longtemps qu’il est en notre pouvoir de faire ou de ne pas faire l’action.&lt;/strong&gt; »&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De sorte que la décision n’est pas une opération rationnelle pour Hobbes (la raison ne peut pas nous faire agir), mais ce qu’on appelle au XVIIe siècle une passion, à savoir le dernier désir ou la dernière crainte sur lequel / laquelle la délibération s’arrête.&lt;/p&gt;

&lt;h2 id=&quot;que-faire-de-cette-lucidité&quot;&gt;Que faire de cette lucidité ?&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Qu’apporte cette manière de comprendre la décision à travers le prisme de nos émotions et de la dimension temporelle de leur enchaînement dans la délibération ? Elle est utile sous trois angles au moins.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;1/ D’abord, cette vision rend compte de l’intérêt de prendre les devants et de &lt;strong&gt;fixer d’emblée un temps limité à nos processus de prises de décision&lt;/strong&gt;. En prenant acte du caractère arbitraire de la temporalité de la décision (le dernier « argument » qui l’emporterait n’est pas le meilleur, il est simplement le dernier), on peut l’organiser d’une façon qui soit plus sereine. À force d’étirer le plus possible les temps des délibérations en cours, on accroît une charge mentale qui mobilise notre mémoire, notre attention et entrave notre capacité à sonder clairement les aspirations et les craintes en jeu. Au contraire, on pourrait faire en sorte qu’une délibération puisse commencer par l’acte de lui projeter un terme, terme qui soit approprié à nos autres contraintes de calendrier et à notre envie de libérer notre attention pour d’autres sujets ou décisions. Ou pour être tranquilles plus vite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;2/ Ensuite, on pourrait y voir une raison de plus de… ne pas chercher à avoir raison ! Mais chercher plutôt &lt;strong&gt;à sonder avec le plus d’acuité possible les émotions qui se nichent dans ce qu’on croit être nos arguments rationnels.&lt;/strong&gt; Combien d’initiatives sont empêchées parce qu’une personne annonce avec aplomb un argument, qui n’est que la projection rhétorique d’une peur bien plus profonde et déniée comme telle ? Les peurs étant souvent plus contagieuses que les désirs, avoir conscience de la nature émotionnelle de la décision nous rend plus proactifs ou résistant·es. Le temps de la délibération est alors un temps où l’on se concentre pour identifier les émotions, où l’on peut développer son esprit critique pour affiner nos croyances et repérer les tabous, et finalement tenter de &lt;strong&gt;trancher en faveur d’une aspiration qui importe plus qu’une peur, non parce qu’elle est plus rationnelle, mais parce qu’elle nous &lt;em&gt;meut&lt;/em&gt; davantage.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;3/ Enfin, et contrairement à ce qu’on pourrait croire de prime abord, cette approche de la décision permet aussi de lui redonner une &lt;strong&gt;épaisseur éthique&lt;/strong&gt;. Pour Hobbes (mais il n’est pas le seul à l’affirmer), nos inclinations actuelles – et les croyances qu’elles véhiculent – sont liées à nos expériences répétées dans le passé. Donc la décision que nous prenons est un désir renforcé par les habitudes que nous avons prises et se trouve nécessairement liée à notre tempérament. On peut bien sûr faire prendre des plis différents à nos inclinations et peurs au fur et à mesure de nos actions. Mais il n’en demeure pas moins que &lt;strong&gt;si l’on veut prendre des décisions moralement justes ou bonnes, cela s’inscrit dans le temps long du caractère et de l’attention répétée à ce que nous nous représentons comme désirable.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cela me fait penser au travail décisif (si je puis dire !) de &lt;strong&gt;Martha Nussbaum sur les émotions démocratiques&lt;/strong&gt;. Elle met en avant que les valeurs démocratiques (ou leur destitution) commencent d’abord en nous : dans notre capacité à développer de l’empathie pour les autres, notamment pour les personnes minorisées, ou au contraire à nous laisser submerger par notre propre angoisse de vulnérabilité et la privation d’empathie qui en résulte. Dans ce cadre, &lt;strong&gt;une décision juste – quel que soit l’instant où je l’ai prise – incarne ma capacité à identifier mes peurs de façon critique et à avoir l’attention ainsi tournée vers mes aspirations éthiques et démocratiques.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Cet article est une première version d’un billet finalement publié sur &lt;a href=&quot;https://simoneetlesphilosophes.fr/pourquoi-decide-t-on-au-dernier-moment/&quot;&gt;Simone et les philosophes&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
</description>
    </item>
  
    <item>
      <title>Collaboration / individualisme : la fausse dualité</title>
      <link>https://ut7.fr/blog/2025/09/09/collaboration-individualisme.html</link>
      <guid isPermaLink="true">https://ut7.fr/blog/2025/09/09/collaboration-individualisme.html</guid>
      <pubDate>Tue, 09 Sep 2025 00:00:00 +0200</pubDate>
      <description>&lt;p&gt;Au petit-déjeuner, lors d’un séminaire de travail, un de mes collègues voit émerger une question entre le café et la confiture. Je ne suis pas sur place, mais le canal &lt;code class=&quot;language-plaintext highlighter-rouge&quot;&gt;#philo&lt;/code&gt; de notre Slack me permet d’y participer à la marge.&lt;!--more--&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;/images/papotes/posts/discussion_philo.png&quot; style=&quot;width: 100%&quot; alt=&quot;Question anonyme sur notre canal Slack #philo : Je pose ma question bateau avec naïveté : quels sont les arguments qui permettraient de prouver que la collaboration est plus importante que l'individualisme ? (Discussion du matin au petit dej.)&quot; /&gt;
&lt;img src=&quot;/images/papotes/posts/discussion_philo_2.png&quot; style=&quot;width: 100%&quot; alt=&quot;Réponse de Peggy : Déjà pour amorcer la réflexion, je commencerai par remettre en question la disjonction présupposée entre collaboration et individualisme… Mandeville (la fable des abeilles) et Smith, 2 réfs 'fondatrices' sur l'individualisme montrent justement comme la collaboration est une conséquence directe de la quête par chacun de sa propre satisfaction individuelle. On parle en ce sens d'individualisme méthodologique. L'individualisme comme méthode pour parvenir à l'intérêt général qui est la finalité poursuivie (par cette fameuse 'main invisible'). Une alternative consiste du coup à poser une supériorité (éthique, pratique, politique) de l'intérêt collectif telle qu'elle suppose le renoncement à certains intérêts individuels. C'est la base du droit (on limite les libertés individuelles et on collabore avec les libertés des autres), et encore plus des droits sociaux (la solidarité du groupe social est + importante que la jouissance par chacun de son intérêt particulier). VOilà c'était pour amorcer. Ah et j'oubliais : le 1er argument (ta question) c'est qu'on est interdépendants. On n'a pas le choix ! Mais on a aussi des droits et des libertés d'initiatives individuelles fondamentales. Le tout est de voir comment on collabore sans que nos libertés soient violées. Puis la réponse de la personne anonyme : J'ai fait part de tes messages et ils ont conclut (spontanément) que c'était vraiment utile d'avoir une philosophe dans son entreprise ! &quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Oser creuser des questions et les partager, c’est ce dont le monde a besoin. Y compris celui de l’entreprise. En un certain sens, mon rôle est d’y encourager comme je peux, quitte à improviser (j’adore me plonger dans de longues recherches, mais c’est peu approprié si l’on se donne pour priorité pratique de nourrir une conversation en train de se faire).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ici, de bon matin, il s’agit de savoir &lt;strong&gt;quelles raisons peuvent justifier une priorité de la collaboration sur l’individualisme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La question par elle-même présente un intérêt, comme toujours (analyser les idées comme des symptômes, disait Nietzsche). Elle renvoie en creux à un &lt;strong&gt;présupposé largement admis : que l’individualisme est davantage profitable que la collaboration&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;davantage propice à maximiser nos satisfactions individuelles.&lt;/strong&gt; Dans ce contexte, pourquoi préférer la collaboration qui exige des individus un effort notable pour ravaler leurs prétentions égoïstes (concernant tant les gains espérés que leur conviction d’avoir davantage raison qu’autrui). La question ne porte donc pas sur les raisons qui favoriseraient l’individualisme, mais sur la possibilité d’arguments en faveur de la collaboration.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ma réponse — rapide pour les besoins de la conversation — vise à déverrouiller la polarité des deux termes et approfondir l’analyse en y réintégrant des faits observables dans notre réalité sociale quotidienne.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;1/ D’abord, &lt;strong&gt;remettre en question la disjonction qui structure la question.&lt;/strong&gt; Souvent, on interprète les distinctions conceptuelles en disjonctions (&lt;em&gt;ou bien… ou bien&lt;/em&gt;). Au contraire, quand on veut creuser une question, une première étape consiste à désamorcer ce que j’appellerais volontiers ce &lt;strong&gt;“biais disjonctif”.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Plus encore, on peut aller sonder l’anxiété exprimée par l’occurrence concrète de ce biais. Il arrive ainsi fréquemment que les interlocuteur·ices craignent tellement de voir une idée disqualifiée, qu’iels refusent d’envisager une idée &lt;em&gt;autre et&lt;/em&gt; &lt;em&gt;pourtant compossible&lt;/em&gt;. Ce qui les amène à projeter une disjonction dont on n’a plus qu’à retenir un terme sur deux. Cela simplifie les choses.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Opération fréquente dans les freins invoqués contre les progrès sociétaux. Cette ritournelle par exemple : si vous affirmez l’égalité femmes/hommes, c’est que vous niez les différences. Or, je tiens à la reconnaissance des différences donc mon féminisme &lt;del&gt;n’en est pas un&lt;/del&gt; a des limites… Pour peu qu’on glisse sur la référence à Dame Nature pour justifier l’argument par un “de tous temps”, on sera bien passé de la distinction entre deux concepts en réalité indissociables (égalité - différence) et à une disjonction radicale et… fumeuse. Classique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Revenons à notre cas. En apparence, comme on l’a dit, individualisme et collaboration reposent sur des motifs distincts (égoïsme / altruisme, indépendance / dépendance, jouissance individuelle / partage).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais moult observations — historiques, sociologiques, psychologiques, dans des milieux divers — étayent cette idée : &lt;strong&gt;nous pouvons rechercher la collaboration pour des raisons individualistes.&lt;/strong&gt; D’où la référence à &lt;strong&gt;Mandeville&lt;/strong&gt; (La Fable des abeilles) et &lt;strong&gt;Smith&lt;/strong&gt; dans mon message (cf image plus haut). &lt;strong&gt;L’individualisme méthodologique&lt;/strong&gt; consiste à affirmer que la priorité de l’individualisme n’annule pas la dépendance des individus entre eux, elle la renforce au contraire en en faisant un moyen. Dans cette hypothèse, ce sont des motifs individualistes qui nous poussent à collaborer. Plus encore pour reprendre Smith, la croyance qu’a chacun·e d’être gagnant·e dans l’affaire l’amènera à préférer la collaboration et le poussera à contribuer à l’intérêt général. &lt;strong&gt;De sorte que la préférence pour la collaboration n’est pas ancrée dans un altruisme, mais dans la perception que chacun·e a d’en être le ou la gagnant·e.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D’ailleurs, même si c’est moins facile étant donnée notre culture, on peut aussi chercher &lt;strong&gt;des cas où des motifs altruistes justifient des actions apparemment individualistes. Dans les situations de soin, cette articulation soin de soi / soin des autres est essentielle, dans un système qui utilise le dévouement individuel pour justifier la maltraitance des soignant·es.&lt;/strong&gt; Mettre son masque à oxygène en premier pour pouvoir aider les autres (donc réfréner la pulsion qui nous ferait préférer prendre soin d’autrui avant de prendre soin de nous) en est aussi un exemple.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;2/ Ensuite, &lt;strong&gt;distinguer des registres, c’est-à-dire envisager la question sous des perspectives autres que celle, plus étroite, dans laquelle on la situait initialement.&lt;/strong&gt; En l’occurrence ici, cela permet de se demander ce qu’on entend par “important” dans la question, en reconsidérant des priorités non stratégiques, mais non moins (plus ?) humaines. Donc en envisageant la possible priorité politique, éthique et même esthétique (comment rendre notre environnement social plus beau, bon, juste ?) de la collaboration.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans ce cas, &lt;strong&gt;la valeur de la collaboration n’est pas dans sa qualité de moyen en vue d’une fin (l’intérêt individuel)&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;mais peut/doit être envisagée au contraire comme finalité en soi.&lt;/strong&gt; On peut poser une priorité éthique ou socio-politique des droits sociaux par exemple et voir dans la solidarité sociale une finalité plus importante que la jouissance par chacun·e de son intérêt particulier. Parce que nous ne voudrions pas d’un monde où nous sommes indifférent·es au sort d’autrui, un monde donc où notre bien-être est totalement déconnecté de celui des autres.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;3/ Et éclairer &lt;strong&gt;le socle souvent oublié qui fait qu’on se pose la question : ici, l’interdépendance de fait des êtres humains&lt;/strong&gt; et plus largement des êtres vivants. Nous sommes des êtres pour qui l’interdépendance est même une condition initiale physiologique. Nos conditions de vie sont étroitement liées à la façon dont nous organisons / soignons cette interdépendance. Corrélativement, nous sommes aussi des êtres pour lesquels la liberté est fondamentale, la liberté d’initiative individuelle notamment.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La question initiale revient alors à &lt;strong&gt;articuler deux valeurs qui non seulement ne sont pas incompatibles, mais demandent au contraire à être pensées ensemble : la nécessité de collaborer d’une façon qui accroisse nos libertés individuelles au lieu de les restreindre.&lt;/strong&gt; Et la nécessité de défendre nos libertés individuelles d’une façon qui accroisse la solidarité sociale. Qui accroisse, en d’autres termes, les libertés de tous·tes sans nier leur individualité.&lt;/p&gt;

</description>
    </item>
  
    <item>
      <title>Des joies&lt;br&gt;(et pourquoi les mettre à l’ordre du jour de vos réunions)</title>
      <link>https://ut7.fr/blog/2025/04/29/des-joies.html</link>
      <guid isPermaLink="true">https://ut7.fr/blog/2025/04/29/des-joies.html</guid>
      <pubDate>Tue, 29 Apr 2025 00:00:00 +0200</pubDate>
      <description>&lt;p&gt;Deux ou trois phrases, parfois une photo. La vigueur restaurée par une demi-heure de jardinage, la
jubilation d’une balade en pédalo avec les enfants, la saveur subversive d’une soirée lecture sans
écran, l’émulation d’une réunion militante, l’inattendu d’une virée solo en train pour visiter une
expo, l’audace de se lancer dans un truc nouveau, les perspectives d’avenir ouvertes par l’avancée
des travaux, la beauté d’un film, d’un concert, une marque de reconnaissance reçue pour quelque
chose que l’une ou l’autre a fait… &lt;!--more--&gt;Avec Marion, entre deux rencontres plus ou moins régulières, on
s’envoie des joies comme des cartes postales. Rien de systématique. C’est venu comme ça. À force
de constater à quel point ça manquait et à quel point ça nous faisait du bien de recevoir et donner
des joies. Ça n’empêche pas de partager &lt;em&gt;aussi&lt;/em&gt; les indignations, les soucis et les galères. Mais ça
nous donne de l’oxygène pour faire et créer, dans un monde où &lt;em&gt;les tyrans veillent à cultiver nos
passions tristes&lt;/em&gt; pour reprendre l’expression de Maurice Merleau-Ponty.&lt;br /&gt;
Et puis le réel, c’est aussi ça : une série chaotique de &lt;a href=&quot;https://simoneetlesphilosophes.fr/des-graces/&quot;&gt;grâces&lt;/a&gt;
auxquelles il nous revient de faire une
place envers et contre notre tendance à nous focaliser sur le pire. Envers et contre les écrasantes
idéologies. On l’apprend au code de la route… Si vous passez votre temps à observer le fossé, vous
finirez par le voir de trop près. Savoir son existence doit nous encourager à regarder attentivement
ailleurs, à savoir devant soi, la route qu’on veut prendre et son horizon.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce que je vous raconte là, l’importance du partage des joies pour notre santé mentale et physique,
ce n’est pas qu’une affaire d’amitié. C’est aussi social et politique. Et d’ailleurs l’amitié, notamment
comme soin mis à s’envoyer de l’oxygène quand les temps sont durs, c’est aussi &lt;em&gt;voire d’abord&lt;/em&gt;
social et politique.&lt;br /&gt;
Sur un Slack partagé par des développeur·euses – un Slack professionnel donc, que j’ai rejoint il y a
quelques années, bien qu’étant philosophe ! – il y a un canal #joies. C’est l’un des rares que je
consulte régulièrement. Bien que ne se connaissant pas tous·tes personnellement, nous y déposons
parfois des mini cartes postales, et avons du plaisir à lire les autres. « On a assez peu d’endroits où
on encourage le partage des joies », note l’un d’eux. On y ressent « la joie que procure la joie
d’autrui », relève quelqu’un d’autre. « C’est beau de reconnaître une joie même légère », et à
plusieurs, ça produit une « collection collective hétéroclite », poursuit un autre contributeur régulier
sur ce canal, canal qui offre une garantie de « good vibes », résume encore le modérateur de ce
même Slack. Ces good vibes font du bien. Mais &lt;em&gt;elles vont à l’encontre de nos pratiques sociales
qui associent confusément intelligence et mépris&lt;/em&gt;, notamment mépris de tout ce qui peut ressembler
à une manifestation de joie.&lt;/p&gt;

&lt;h2 id=&quot;les-réunions-comme-des-vinaigrettes-peuvent-piquer-trop-ou-trop-peu&quot;&gt;Les réunions comme des vinaigrettes peuvent piquer trop ou trop peu&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Toute forme de réunion est une fabrique à émotions. Et l’état dont vous sortez d’une réunion est
aussi variable que le goût laissé par une vinaigrette. Comme disait l’un de mes sensei à l’université,
c’est très difficile de faire une bonne vinaigrette, mais ça vaut le coup (qu’il ait aimé ma vinaigrette
ce jour où nous fêtions son départ à la retraite fut l’une de mes plus grandes fiertés académiques !).
Si vous n’y prêtez pas attention, le mélange risque d’être très piquant. Et source de souffrances
professionnelles. Certain·es (et surtout certaines) se forceront à sourire la bouche en feu pour rendre
le moment collectivement supportable et sauvegarder l’ambiance en faisant parler les autres, en
s’intéressant à ceux qui, eux, bougonneront ouvertement. Les réunions – en famille comme au
travail - sont souvent comme des pièces de théâtre où chacun·e rejoue très vite son rôle devenu
habituel et souvent indissociable des caractéristiques attendues selon son genre et sa position
sociale. Cette « mise en scène de la vie quotidienne » pour reprendre le titre du livre d’Erving
Goffman, c’est un peu le template par défaut de nos réunions où, comme l’a montré le sociologue,
la stigmatisation et le mépris opèrent comme le mode &lt;em&gt;normal&lt;/em&gt; de communication des classes
dominantes. Dans une société patriarcale qui valorise l’autorité bougonne et délègue la jovialité aux
femmes (la joie, c’est du care), mettre les joies à l’ordre du jour collectif, c’est en quelque sorte
corriger un peu le template initial et dysfonctionnel de la réunion / vinaigrette. Ce template qui fait
du dîner de Noël une épreuve souvent redoutée !&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec quelques précautions culinaires, quelques dosages bien sentis, une bonne salade et un bon
timing, et malgré tout une petite touche de fantaisie créative, une réunion peut fournir des apports
équilibrés en connaissance de soi, des autres, du réel commun et en oxygène pour soutenir chacun·e
dans les projets en cours.&lt;br /&gt;
En d’autres termes, j’aimerais avancer cette hypothèse : si vous encouragez les personnes à partager
leurs joies dans une réunion - et si vous assurez qu’elles seront écoutées attentivement, vous pouvez
modifier la vinaigrette de base que nous redoutons tous·tes. Et ça pourrait éviter que la joie elle-même
ne soit imposée à quelques uns, surtout quelques unes, comme l’objet d’un « travail
émotionnel » pour reprendre l’expression et la théorie d’Arlie Hochschild.&lt;/p&gt;

&lt;h2 id=&quot;en-finir-avec-la-joie-comme-travail-émotionnel-des-femmes&quot;&gt;En finir avec la joie comme « travail émotionnel » des femmes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans son livre &lt;a href=&quot;https://en.wikipedia.org/wiki/The_Managed_Heart&quot;&gt;&lt;em&gt;The Managed Heart&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;,
la sociologue Arlie Hochschild appréhende les émotions
comme des composantes du travail lui-même, et ces composantes sont genrées. Alors qu’on
s’intéresse ordinairement aux effets émotionnels d’un travail qu’on continue de regarder comme
l’exécution d’une tâche rationnelle, la sociologue analyse la façon dont les émotions peuvent
constituer le travail lui-même. De sorte que la distribution des professions soit aussi et d’abord une
distribution normative des sentiments. Travailler en ce sens, c’est s’efforcer d’&lt;em&gt;avoir&lt;/em&gt; les sentiments
qu’on attend de nous, de se conformer le plus possible aux gestes affectifs qui forment le travail
prescrit. Un travail émotionnel donc. À titre d’exemple emblématique, elle analyse le détachement
que les hôtesses de l’air doivent développer à l’égard de leur propre sensibilité, afin de pouvoir
afficher l’attitude parfaitement souriante, enthousiaste et prévenante qui est attendue d’elles. Ce qui
vaut pour tous les rôles considérés comme « féminins », donc dociles. À l’inverse, autre exemple
qu’Hochschild étudie, les recouvreurs d’impôts doivent adopter un ton désagréable et une mine
colérique de façon à susciter de la crainte. Caractéristiques émotionnelles attendues des rôles
considérés comme masculins, donc autoritaires. Notez que dans les deux cas, le travail est un travail
émotionnel et a des effets délétères sur les personnes. Ce n’est pas drôle non plus de devoir être
bougon pour afficher une forme de &lt;em&gt;bonhommie&lt;/em&gt; respectable. Mais cette empreinte genrée de nos
sensibilités est marquée par un traitement social différentiel et stigmatisant. Dans les sociétés
patriarcales, il n’y a rien de pire qu’un travail qui effémine comme l’ont montré des sociologues
comme &lt;a href=&quot;https://d1rbsgppyrdqq4.cloudfront.net/s3fs-public/c160/Ashforth_Contextualizing_Dirty_Work.pdf?versionId=JuQ_TU7.Z.WdBnRsrX2qcG0ZgZhV0NIR&amp;amp;X-Amz-Content-Sha256=UNSIGNED-PAYLOAD&amp;amp;X-Amz-Algorithm=AWS4-HMAC-SHA256&amp;amp;X-Amz-Credential=AKIASBVQ3ZQ4YNQVYJLW/20250327/us-west-2/s3/aws4_request&amp;amp;X-Amz-Date=20250327T182235Z&amp;amp;X-Amz-SignedHeaders=host&amp;amp;X-Amz-Expires=120&amp;amp;X-Amz-Signature=8101854d6f486200b321a637c78c12d7cf47df6ee2a2f2165acd4b13936eafb8&quot;&gt;Blake E. Ashforth et Glen E. Kreiner&lt;/a&gt;,
ou encore les travaux passés et en cours de &lt;a href=&quot;https://domesticites.hypotheses.org/&quot;&gt;Caroline Ibos&lt;/a&gt;. Et exprimer une joie peut être vu comme un geste efféminant, comme tous les gestes vitaux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il y a toutes sortes de recettes de vinaigrette, et l’on peut expérimenter différents arrangements en
cuisine comme en salle de réunion. Pour Spinoza, la joie (un affect fondamental qui n’était pas
contraire à la virilité !) tient dans le sentiment que nous avons de notre puissance d’agir.
Et de même que la connaissance des ingrédients et de leurs réactions permet d’améliorer les saveurs
de la sauce, la connaissance de nos affects doit nous aider à augmenter notre puissance d’agir.
Non par le déni de la tristesse (sentiment que nous avons de notre
impuissance) et de la crainte, mais par la compréhension de ce qui renforce notre vitalité (le
&lt;em&gt;conatus&lt;/em&gt; dit Spinoza), notre capacité à les surmonter par le désir et l’action.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On dirait aujourd’hui que la conscience de ma joie – et de celle des autres dans un contexte
collectif – est &lt;em&gt;empouvoirante&lt;/em&gt; au sens où elle renforce ma capacité d’agir (et non de dominer qui est
plutôt l’affaire du ressentiment, son contraire). Voilà pourquoi les chefs aiment renforcer la peur et
la tristesse (sans réellement écouter les plaintes bien sûr). Et pourquoi il faudrait au contraire
cultiver les joies dans nos espaces de réunion quels qu’ils soient (jusque dans nos réunions intérieures
avec toutes ces voix qui nous habitent !).
Parce que le contraire de la violence - envers nous comme envers les autres - est sans doute là :
encourager collectivement nos joies individuelles.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Suite dans un prochain billet !&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
</description>
    </item>
  
    <item>
      <title>J'ai trouvé mon nouveau labo</title>
      <link>https://ut7.fr/blog/2021/09/03/j-ai-touve-mon-nouveau-labo.html</link>
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      <pubDate>Fri, 03 Sep 2021 00:00:00 +0200</pubDate>
      <description>&lt;p&gt;Trois mois aujourd’hui que je fais partie de l’équipe /ut7. &lt;!--more--&gt; C’est
peu, au regard de l’impression que j’ai d’en être depuis des années. Il faut
dire que j’y ai fait mes premiers pas de free-lance en 2016, fraîchement exilée
du monde académique. Lorsqu’on s’est rencontrés, je corrigeais mes derniers
travaux d’étudiant·e·s de master et écrivais un article universitaire. Avec
candeur, j’ai raconté mon projet fou : transmettre et faire de la philosophie,
avec des adultes curieux de cette discipline souvent trop intimidante. Un
endroit et des temps où l’on peut faire de la philosophie, apprendre, chercher,
cogiter, écrire, lire, le plus librement possible, donc sans chercher à avoir
raison à tout prix. Sans chercher non plus à reproduire les normes en vigueur à
l’université. Et — comme la candeur a du bon — Raphaël a proposé son aide avec
enthousiasme pour bootstrapper mon projet. Et il ne fut pas le seul.
&lt;a href=&quot;https://simoneetlesphilosophes.fr/pourquoi-un-seminaire-de-philosophie-feministe/&quot;&gt;Toute la suite de cette histoire&lt;/a&gt;
m’apprendra à quel point &lt;strong&gt;le brin de folie qui vous conduit à sortir des rails
— l’envie de créer — dessine aussi des carrefours.&lt;/strong&gt;  Je me demande même si ce
que je viens d’écrire n’est pas aussi le leitmotiv de /ut7.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, on se connaît depuis des années, mais aujourd’hui, je peux le dire : j’ai
bel et bien trouvé le labo que je cherchais. Et même, son équipe a bel et bien
voulu m’embaucher. Je l’écris presque comme pour en prendre un peu mieux
conscience.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une philosophe parmi des développeurs ? Dans une société coopérative ? Qui a
choisi une boutique comme local professionnel ? Oserais-je ajouter que durant
nos &lt;em&gt;réunions d’équipe&lt;/em&gt; à distance (en audio), en même temps que nous parlions,
il m’est arrivé de nettoyer ma salle de bains, tandis que l’un ou l’autre
faisait ses courses, un sudoku ou une marche dans la forêt ? Et qu’une
demi-journée par semaine, nous nous retrouvons &lt;em&gt;à la boutique&lt;/em&gt; pour faire
&lt;em&gt;n’importe quoi&lt;/em&gt;  (disons plutôt que nous essayons, la chose est plus difficile
qu’il n’y paraît) ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si j’osais entrer dans ces quelques descriptions, vous me demanderiez pourquoi
j’appose le nom très sérieux de « laboratoire » à cet espace pour le moins
fantaisiste. Vous vous inquièteriez peut-être pour moi, toute nouvelle recrue,
ou plus encore pour Jonathan, Étienne et Raphaël (d’aucuns verraient une
catastrophe dans l’arrivée d’une femme — philosophe — féministe ! ).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et pourtant, &lt;strong&gt;quoi de plus fou &lt;em&gt;et&lt;/em&gt; sage que d’essayer de créer ensemble
durablement les conditions matérielles — une entreprise, un local, un budget,
des temps, des discussions, un certain mode de délibération et de décision,
etc. — qui nous permettent de développer ce qu’on sait (jamais assez) et désire
(jamais trop) faire ?&lt;/strong&gt; Il en faut de la fantaisie pour ne pas renoncer à ce
qui nous anime profondément et chercher à la marge des moyens d’entrelacer le
réel et nos désirs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Depuis mon embauche officielle, nous avons tenté de réfléchir à l’identité de
/ut7. C’aurait été une façon de justifier rationnellement ma présence et de
forger une vision cohérente et pimpante de ce drôle de bateau. Mais ça n’a pas
marché : on n’a pas trouvé de formule qui nous convienne parfaitement. On ne
peut pas vouloir expérimenter et continuer à se questionner, et croire qu’on a
déjà une identité définitive de valeurs et de principes. On bricole et on a
envie de bricoler ensemble.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Alors au lieu de chercher l’identité fixe (l’ADN de l’entreprise comme on dit),
on a surtout chercher les motifs sensibles (les désirs et les peurs) qui ont
poussé chacun·e d’entre nous à faire /ut7. Si l’on cherche à ouvrir la boîte de
&lt;em&gt;ce qui nous anime&lt;/em&gt; sans chercher à revêtir nos émotions de rhétorique
rationnelle, on comprend peut-être un peu mieux ce qu’on est, parce qu’on y
relie les actions aux élans. Une autre façon de définir l’identité mobile par
une communauté de désirs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et je me suis reconnue dans un fil rouge qui a émergé de notre dernier échange
sur le sujet cette semaine : créer &lt;strong&gt;un endroit qui nous permette de travailler
ensemble (ça ne va pas de soi car nos passions — écrire du code ou des mots,
réfléchir, chercher à résoudre des problèmes insolubles, etc. — sont aussi très
solitaires) et de faire pousser des choses nouvelles au gré de nos savoirs et
centres d’intérêts.&lt;/strong&gt; J’ajouterai quelque chose qui m’émeut depuis que j’ai
rejoint l’embarcation : on s’y encourage les un·e·s les autres à respecter nos
besoins et nos contraintes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est bien le labo que j’appelais de tous mes vœux. Merci l’équipe de m’avoir
accordé à ce point votre confiance et de nous accueillir, moi, mes projets
d’écriture, Simone et les philosophes.&lt;/p&gt;
</description>
    </item>
  
    <item>
      <title>Comment ranger notre dossier partagé ?</title>
      <link>https://ut7.fr/blog/2021/08/22/dossier-partage.html</link>
      <guid isPermaLink="true">https://ut7.fr/blog/2021/08/22/dossier-partage.html</guid>
      <pubDate>Sun, 22 Aug 2021 00:00:00 +0200</pubDate>
      <description>&lt;p&gt;Savez-vous ce qu’est le dossier partagé ? C’est cet espace commun où sont mis
tous les documents bureautiques produits par l’équipe.
&lt;!--more--&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il s’agit généralement d’un dossier au sens informatique du terme. On parle
aussi de répertoire (dans le monde de Microsoft) ou d’une URL si l’on est en
ligne.  Bref, peu importe la technologie. Ce qui compte, c’est que toute
l’équipe a accès à cet espace et que toute personne peut y ajouter les
documents bureautiques qu’elle a produits ou collectés, et qu’elle veut
conserver et partager avec les autres. Il s’agit de textes, présentations sous
forme de diapositives, feuilles de calcul, documents PDF, etc. Tous ces
documents qui n’ont pas déjà une place, contrairement aux codes sources du
projet ou à la documentation opérationnelle (les fameux tickets de tâches,
tickets d’anomalie), généralement traités avec des outils dédiés.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Vous l’avez compris cet espace est un genre de « fourre-tout », l’espace par défaut où l’on « range » tout ce qui n’a pas trouvé une place ailleurs. Et vous l’aurez deviné, ça ressemble rapidement à un tas informe.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;/images/papotes/posts/20210822-bordel_organise.jpg&quot; style=&quot;width:100%&quot; alt=&quot;un atelier avec beaucoup d'objets plus ou moins bien rangés&quot; /&gt;
&lt;em&gt;(bordel organisé par &lt;a href=&quot;https://www.piqsels.com/fr/public-domain-photo-jfymx&quot;&gt;www.piqsels.com&lt;/a&gt;)&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quand une nouvelle personne arrive dans une équipe âgée, elle fait souvent la réflexion que le dossier partagé, « c’est n’importe quoi ! ». Les personnes qui sont là depuis longtemps partagent généralement cet avis par charité herméneutique, mais n’éprouvent pas spécialement le besoin d’y faire quelque chose, car c’est un tas familier, le fameux « bordel organisé » de Gaston Lagaffe. Les habitués s’y retrouvent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Malheureusement, on finit toujours par planifier une réunion de réorganisation du dossier partagé…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Suite à quoi les habitués n’y retrouvent plus rien, les nouveaux se retrouvent responsables de ranger ce  nouvel espace et reprochent aux anciens de ne pas y mettre suffisamment de bonne volonté. Le bordel organisé a changé de main.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, ça n’a pas marché !&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pourtant au début ça semblait une bonne idée. Après tout, une fois que tout est à sa place, rangé de manière rationnelle, ça devrait être super agréable, non ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;… Attends… tu as dis de manière « rationnelle » ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ah ! Mais ça y est, j’ai compris. Le problème c’est que cette idée n’existe pas. Cette idée de rationalité universelle est un mythe. Il n’y a pas de manière rationnelle de ranger ce bordel. Il y a seulement différentes façons pour différents contextes et différentes personnes. Il n’y a pas une bonne et unique façon de faire, mais une multitude de façons qui sont bonnes pour les uns et mauvaises pour les autres. Rationnelles pour les uns, irrationnelles pour les autres.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce qu’on peut admettre comme « rationnel » procède uniquement de la cohérence interne d’un ensemble organisé selon des règles spécifiques (mais non nécessairement préférables à d’autres règles d’autres ensembles).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le problème, c’est que l’équipe mélange les solutions. Elle a plusieurs rationalités mélangées. En fait, ranger le répertoire partagé, c’est choisir sa rationalité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Alors on se retrouve avec un ou une responsable du rangement… mais comment faire si personne n’est candidat ? C’est vrai après tout, on n’a pas forcément envie d’imposer notre rationalité aux autres. Il n’y a rien de plus désagréable que de se voir remis en question par les remarques des autres qui ne s’y retrouvent pas… et qui ne se priveront pas de nous juger.&lt;/p&gt;

&lt;h2 id=&quot;la-recherche-indexée&quot;&gt;La recherche indexée ?&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;J’ai une idée à vous proposer. Une idée que nous utilisons chez /ut7 pour nos documents administratifs. Cette idée, c’est d’utiliser la recherche indexée, comme le font les moteurs de recherche.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Arrêtons d’essayer de ranger les documents. Je propose de mettre tous les documents dans le dossier directement, c’est-à-dire sans aucun sous-dossier.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Vous pouvez retrouver n’importe quel document avec quelques mots clés. La plupart des systèmes d’exploitation moderne indexent les documents de manière efficace. C’est aussi le cas des services de stockage fournis dans le nuage par les grosses entreprises du web.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Malheureusement, certain documents ne sont pas facilement indexables, comme les images par exemple. Pour rendre possible leur recherche, je propose d’utiliser des attributs (en quantité limitée), inscrits dans le nom du document :&lt;/p&gt;

&lt;ul&gt;
  &lt;li&gt;date du document&lt;/li&gt;
  &lt;li&gt;nom de l’auteur&lt;/li&gt;
  &lt;li&gt;sujet du document&lt;/li&gt;
  &lt;li&gt;autres attributs complémentaires (optionnel)&lt;/li&gt;
  &lt;li&gt;le format du document&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;

&lt;p&gt;Pour un bon de commande, on aurait par exemple :&lt;/p&gt;

&lt;ul&gt;
  &lt;li&gt;date : 20210804&lt;/li&gt;
  &lt;li&gt;nom de l’auteur : mon_client_adoré&lt;/li&gt;
  &lt;li&gt;sujet : bon_de_commande&lt;/li&gt;
  &lt;li&gt;autres attributs : projet_X1-période_août_décembre&lt;/li&gt;
  &lt;li&gt;format : pdf&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;

&lt;p&gt;Ce qui donne le nom de fichier :&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;202010804-mon_client_adoré-bon_de_commande-projet_X1-période_août_décembre.pdf&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À noter que les attributs supplémentaires sont construits sur le modèle « nom_valeur », comme dans « projet_X1 » pour le projet qui s’appelle X1.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je préfère mettre les accents, mais il faut que votre système d’exploitation ne soit pas trop gêné par eux. En particulier, au moment de la recherche, il est  indispensable qu’elle puisse se faire en ignorant les accents (et les majuscules).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et voilà, c’est tout. Il n’est plus nécessaire de se demander dans quel dossier ranger tel ou tel document (est-ce que je range le bon de commande dans le dossier « client » ou dans le dossier « administratif » ?).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je suis sûr que ma solution apparait pour certains ou certaines comme un tas informe de documents empilés les uns sur les autres… moi, je la trouve plutôt rationnelle 😜&lt;/p&gt;
</description>
    </item>
  
    <item>
      <title>Farewell, /ut7.</title>
      <link>https://ut7.fr/blog/2020/07/10/farewell-ut7.html</link>
      <guid isPermaLink="true">https://ut7.fr/blog/2020/07/10/farewell-ut7.html</guid>
      <pubDate>Fri, 10 Jul 2020 00:00:00 +0200</pubDate>
      <description>&lt;p&gt;« &lt;em&gt;The sun is setting in the sky. Teletubbies say goodbye.&lt;/em&gt; »&lt;/p&gt;

&lt;!--more--&gt;

&lt;p&gt;Tu avais fait la guerre, plusieurs guerres, et à force de t’en sortir tu te dis
c’est pour de bon, ça ne va plus bouger. Tu as en tête à quoi doit ressembler
la maison du bonheur, une vision de plus en plus claire, de plus en plus
détaillée. Tu confonds clarté et permanence, et tu oublies que ton idée du
bonheur elle aussi change, comme tout le reste. Tu oublies que tu as tracé des
lignes dans le sable et que la marée montante changera tout ça. Tu découvres au
plus profond de ton être ce qu’est l’impermanence – cette idée un peu con-con
(quand tu n’y réfléchis pas plus que ça) que tout ce qui commence a une fin,
nécessairement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tu t’accroches, tu refuses, tu te bats, tu mènes une guerre de plus. Tu as peur
que tout s’arrête, que tout aura été vain. Tu te mets en colère. Marchandes.
Finis par accepter. Tout prend le goût de la renonciation que tu t’étais juré
de ne jamais vivre. Tu lâches l’idée de couler avec le bateau comme un
capitaine fidèle, qui écopera jusqu’à la fin – dans un tourbillon d’une ironie
incroyable qui te fait voir, crûment, insolemment, qu’il n’y a plus rien à
écoper, que tout va bien en fait. Le bateau est à flot, il avance
dignement – dans une direction qui n’est plus la tienne. Tu ne sais plus si la
bataille a été une victoire ou une défaite. Tu déprimes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tu t’accroches encore, tu sèmes la souffrance en toi et autour de toi. Tu sens
l’amour des autres, partout, qui entendent ta souffrance. Certain·es savent que
c’est à toi de la transformer, cette souffrance, qu’ils et elles ne peuvent
rien d’autre qu’être là à tes côtés. Ça te touche. Ça te remet en colère – et
tu t’en veux d’en vouloir aux autres de ne pas te montrer ce que tu refuses de
voir. Tu apprends des choses, encore, toujours. Tu te raccroches à cet espoir.
Si la situation n’a pas encore atteint une résolution, c’est qu’elle a encore
quelque chose à te dire. Alors, tu écoutes encore, patiemment, en respirant le
plus doucement possible pour ne pas déchirer ce qui te retient.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et tu finis, après un temps infini, par comprendre que ce n’est pas la
situation qui te retient, mais toi qui cherches à retenir la situation, et
qu’il n’y a rien à retenir, rien à perdre – sinon une certaine idée de qui tu
es, une idée que tu voudrais elle aussi permanente et qui ne l’est pas plus que
le reste. Au bout de ce temps infini tu finis par comprendre qu’au contraire,
si tout change, tout t’est donné à vivre et à re-découvrir — et que ce ne sera
possible que quand tu arrêteras d’être le conservateur de ce musée poussiéreux
dans lequel tu laisses rentrer toujours moins de monde.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Alors tu finis par lâcher prise pour de vrai, par te rendre complètement – et
en baissant les armes une autre victoire se dessine, paradoxalement. C’est la
fin d’un cycle, tu le sais. Et le début d’un autre – inconnu, mystérieux. Mais
maintenant tu sais que tout change et qu’il n’y a rien à retenir, et tu peux
accepter l’arrivée de ce nouveau cycle avec calme et curiosité. Avec joie,
aussi. Tu culpabilises encore un peu, parce qu’au moment où tu tournes la page,
tu sais que cette page reste encore à tourner pour les autres. Encore de la
souffrance. Tu essaies de faire aussi peu de vagues que possible — sans grand
succès. Tu te concentres sur les messages importants que tu veux encore
transmettre et ceux-ci s’imposent à toi avec une clarté surprenante. « Je vous
aime, et je vous souhaite le bonheur. » Tu ne sais pas si en disant ça, tes
compagnons de /ut7 te comprennent ou même t’entendent, mais tu sais que ça vaut
le coup de le dire, alors tu le dis. Et quelque chose tombe à sa place.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il reste encore une forme de conclusion à trouver, qui ferait de cette histoire
une belle histoire — pour encore nourrir cette envie qui t’habite depuis le
début de mettre de l’esthétique partout, tout le temps. Tu ne veux pas parler
de tout ce qui s’est bien passé ou mal passé, parce que tu ne veux pas
encourager les autres à s’y accrocher, à ce passé, à les laisser prisonniers de
ce dont tu t’es départi. Parce que tu ne veux pas davantage encourager
l’illusion qu’il y a ce qui se passe bien et ce qui se passe mal – alors qu’il
n’y a que richesse et intensité. Et pourtant tu ne veux pas non plus partir
sans rien dire, parce qu’il s’est passé quelque chose qui mérite d’être dit,
d’être honoré. Alors tu tournes en rond encore un peu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pendant ce temps, Rob Burbea, que tu écoutes depuis six mois à travers ses
podcasts, décède d’un cancer généralisé. Tu écoutes avec quelques mois de
retard le dernier podcast qu’il a publié, dans lequel il propose une pratique
– celle, aux portes de la mort, de s’émerveiller de la vie qu’on a menée, de ce
qui nous a été donné. Ne pas voir la vie comme un acquis, mais comme un don. Et
honorer ce cadeau qui nous a été fait, tous ces cadeaux dont on a été
dépositaire. Et ce que Rob dit, ce qu’il te dit à toi alors qu’il est déjà
mort, ça te touche au cœur de ton être.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et tu te dis : oui il y a de quoi s’émerveiller, de tous ces cadeaux que tu as
reçus de /ut7. L’éducation d’abord – « &lt;em&gt;ex ducere&lt;/em&gt; », conduire hors du chemin
tracé, montrer les bifurcations possibles qui sont devenues tant de nouvelles
routes à explorer, autant de points de vue à adopter. La liberté, ensuite, de
tout essayer. De faire n’importe quoi sans autre finalité que de vérifier que
c’est possible — et ô combien ça l’a été, possible. /ut7, c’est aussi l’endroit
dans lequel s’est épanoui ton amour pour l’approche thérapeutique de Virginia
Satir, un amour qui t’a transformé de bien des manières – comme mille caresses
de la marée montante sur les lignes tracées dans le sable. Et mine de rien,
/ut7 c’est la structure qui t’a apporté la stabilité pendant la moitié de ta
carrière professionnelle… C’était le contrat de départ sans jamais vraiment
l’avoir été pour autant, un paradoxe parmi tant d’autres. Ça ne comptait pas et
ça a compté quand même.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et là, en ce moment d’émerveillement, pour un instant tout au moins, dans le
silence entre deux respirations, en un temps infime qui prend la place d’une
éternité, tu sens que quelque chose est complet, parfait, en ordre. Et tu
ressens une immense gratitude et une paix profonde.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et tandis que le soleil se couche dans le soir, toi aussi tu dis : au revoir.&lt;/p&gt;
</description>
    </item>
  
    <item>
      <title>Petit guide d'auto aïkido mental à l'usage de ceux qui veulent écouter les femmes quand elles parlent de sexisme - partie 4</title>
      <link>https://ut7.fr/blog/2019/08/29/petit-guide-d-aikido-partie-4.html</link>
      <guid isPermaLink="true">https://ut7.fr/blog/2019/08/29/petit-guide-d-aikido-partie-4.html</guid>
      <pubDate>Thu, 29 Aug 2019 00:00:00 +0200</pubDate>
      <description>&lt;p&gt;À force d’essayer d’écouter vraiment, je suis parvenu à quelques prises de
conscience. Mais prendre conscience qu’on est un éléphant dans une boutique de
porcelaine ne fournit pas instantanément l’adresse nécessaire pour s’intégrer
gracieusement et sans casse à son environnement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette dernière partie de mon petit guide d’auto aïkido ne traite plus tant de
discipline mentale, que de discipline… tout court. Voici des recommandations
pour ne pas reproduire ses exactions habituelles, avec un nouveau regard.&lt;/p&gt;

&lt;!--more--&gt;

&lt;h1 id=&quot;partie-4-la-dernière--gérer-les-effets-secondaires&quot;&gt;Partie 4 (la dernière) : Gérer les effets secondaires&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;Dans les parties précédentes, tu as appris comment
&lt;a href=&quot;/blog/2019/05/24/petit-guide-d-aikido-partie-1.html&quot;&gt;te préparer a l’écoute&lt;/a&gt;,
&lt;a href=&quot;/blog/2019/05/30/petit-guide-d-aikido-partie-2.html&quot;&gt;maintenir ton écoute&lt;/a&gt; et
comment &lt;a href=&quot;/blog/2019/06/28/petit-guide-d-aikido-partie-3.html&quot;&gt;te gérer pendant l’écoute&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À la lecture de ce guide, tu as du apprendre des choses nouvelles, et ce n’est
probablement rien en comparaison avec ce que tu es sur le point d’apprendre quand
tu mettras en pratique ces gestes d’écoute.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il y a fort à parier que ces apprentissages vont avoir des conséquences sur
ton comportement. C’est souhaitable, même. Mais toutes les conséquences
seront-elles positives ? Peut-être pas. Aussi te faudra-t-il faire preuve
de prudence.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Voici quelques règles de prudence à suivre.&lt;/p&gt;

&lt;h2 id=&quot;être-patient&quot;&gt;Être patient&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Si de ton côté, tu ressens de l’enthousiasme en explorant ce nouveau terrain
d’investigation, comprends que face à toi, le ressenti peut être très
différent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Puisqu’il s’est passé tant d’années avant que tu te mettes enfin à écouter, tu
peux imaginer que ton interlocutrice puisse ressentir lassitude, impatience, ou
colère, qu’elle profite du fait que tu as enfin ouvert tes oreilles pour
exprimer ce qu’elle ressent, et ce ne sera probablement pas agréable à entendre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si c’est ce qui arrive, accueille-le comme une nouvelle marque de confiance.
Et profites-en pour t’entraîner à écouter.&lt;/p&gt;

&lt;h2 id=&quot;ne-pas-solliciter&quot;&gt;Ne pas solliciter&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Peut-être parviendras-tu également à imaginer que pour une femme, parler de
sexisme à un homme, ça peut être risquer de perdre son temps, ça
peut-être aussi fatigant, et même potentiellement dangereux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Alors si tu as la chance d’avoir face à toi une femme qui aborde le sujet, reçois
cette conversation comme un cadeau, apprécie ta chance, et ne cache pas ta gratitude.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Autant que possible, évite de solliciter de telles conversations.  Si tu ne
parviens pas à t’en empêcher, fais-le respectueusement, et prépare-toi à
accepter un refus.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À la place, va plutôt écouter ce que bien des femmes ont déjà dit ou écrit.
Internet regorge de témoignages sur le sujet, sous forme d’articles, de
podcast, ou de vidéos. Il existe aussi une littérature abondante sur la
question.&lt;/p&gt;

&lt;h2 id=&quot;rester-humble&quot;&gt;Rester humble&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Tel le jeune padawan exalté qui vient de voir son maître Yoda couper une figue
molle avec la force (du tranchant de sa cuillère), tu veux faire profiter au monde
de tes nouvelles connaissances.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ça va passer par l’envie de raconter aux femmes ce que tu as compris.  Dis-toi
qu’elles se sont peut-être penchées sur la question bien avant
que tu t’y mettes. Peut-être par la force des choses, et depuis le début de
leur vie. Alors abstiens-toi.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Peut-être aussi voudras-tu faire la leçon à d’autres hommes. Mais dis-toi que
s’ils n’ont pas eu une épiphanie aussi exaltante que la tienne, c’est qu’ils
partaient de moins loin que toi.&lt;/p&gt;

&lt;h2 id=&quot;entretenir-le-doute-encore&quot;&gt;Entretenir le doute, encore&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Le doute est ton point de départ.
C’est aussi ton compagnon de route, pour toujours.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tu ne pourras jamais savoir si tu as fini ta découverte, s’il ne reste pas
encore des pans entiers de prise de conscience que tu n’as pas encore exploré.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est comme si tu avançais dans un brouillard épais : tu n’as aucun moyen de
voir quelle distance il reste à parcourir, ni même de mesurer la distance
déjà parcourue.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout ce que tu peux faire, c’est mesurer l’effort que tu as fourni pour arriver
là où tu es aujourd’hui.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Plus tu auras fait d’efforts, plus tu auras de raisons de croire que tu n’as
plus rien à découvrir, plus tes résistances seront solides, et plus le doute te
sera nécessaire pour sortir de tes convictions et progresser plus loin.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Alors chéris ce doute, en relisant ce guide.&lt;/p&gt;

&lt;h1 id=&quot;épilogue&quot;&gt;Épilogue&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;Voilà qui achève la première version de ce guide.  Une fois de plus, votre
expérience m’intéresse : est-ce que ces recommandations fonctionnent pour
vous ? Quelles disciplines avez-vous inventées pour votre propre usage ? Avec
quelles conséquences ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour ma part, j’ai écrit cette série d’article fin 2018.
Le fait d’avoir verbalisé par écrit ces règles de conduite m’a beaucoup
aidé à les respecter.
Aujourd’hui je continue de suivre cette discipline, certaines tout à fait
spontanément, et pour d’autres, ça reste laborieux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Respecter cette discipline a des conséquences pour moi : la manière dont je
perçois le monde change peu a peu, et mon comportement aussi.  Je ne suis pas
encore décidé à en dire plus publiquement à ce sujet.  Mais voilà ce que je
peux déjà dire en quelques mots : Ma vie était plus facile avant, mais
aujourd’hui, ma relation aux autres s’améliore.&lt;/p&gt;

</description>
    </item>
  
    <item>
      <title>Petit guide d'auto aïkido mental à l'usage de ceux qui veulent écouter les femmes quand elles parlent de sexisme - partie 3</title>
      <link>https://ut7.fr/blog/2019/06/28/petit-guide-d-aikido-partie-3.html</link>
      <guid isPermaLink="true">https://ut7.fr/blog/2019/06/28/petit-guide-d-aikido-partie-3.html</guid>
      <pubDate>Fri, 28 Jun 2019 00:00:00 +0200</pubDate>
      <description>&lt;p&gt;Dans cette 3ème partie de mon guide d’autoaïkido antisexiste, il s’agit d’être
à l’écoute de soi et de le rester. Elle est plus ardue à mettre en œuvre que la
&lt;a href=&quot;/blog/2019/05/24/petit-guide-d-aikido-partie-1.html&quot;&gt;partie 1&lt;/a&gt; et la &lt;a href=&quot;/blog/2019/05/30/petit-guide-d-aikido-partie-2.html&quot;&gt;partie
2&lt;/a&gt;, accrochez-vous !&lt;/p&gt;

&lt;!--more--&gt;

&lt;h1 id=&quot;partie-3--être-à-lécoute-de-soi&quot;&gt;Partie 3 : Être à l’écoute de soi&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;Bien écouter, c’est aussi tourner une partie de son attention vers soi.
Si tu sais reconnaître ce qui t’appartient, ton écoute ne sera que meilleure.&lt;/p&gt;

&lt;h2 id=&quot;exploiter-les-injonctions-virilistes-contre-elles-mêmes&quot;&gt;Exploiter les injonctions virilistes contre elles-mêmes&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Tu as probablement reçu de nombreux messages dans ton enfance (par exemple si
tu as regardé des grosses productions au cinéma) qui ont renforcé ta croyance
que pour être un homme, tu dois être fort, et résister à la douleur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tu sais que ces injonctions ne sont pas très saines.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais puisqu’elles sont imprimées en toi, et tant qu’elles le sont, tu peux les
utiliser comme une ressource, à ton service, pour une fois.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si ce que tu entends est inconfortable, désagréable ou douloureux à écouter,
dis-toi : « Sois fort : écoute et encaisse ».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais autant le faire bien : plutôt que de mettre ce qui fait mal à distance, en
détournant le regard, ou en te réfugiant dans des pensées plus confortables,
efforce-toi de retarder ces réflexes antalgiques, reste au contact de ce qui
se passe en toi, et fais-en quelque chose. Et tant pis si ça fait mal.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Observe en toi comment ça te fait mal : probablement des émotions désagréable,
peut-être même insupportables. Doute, confusion, colère, tristesse,
culpabilité, honte, impuissance, découragement… ?
Plutôt que de rejeter ces émotions négatives, accueille-les, entraine-toi à les
reconnaître, et donne toi le temps d’y réagir différemment.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si tu y parviens, tu pourras utiliser ces émotions comme autant de forces pour
agir.&lt;/p&gt;

&lt;h2 id=&quot;jouer-leffet-miroir&quot;&gt;Jouer l’effet miroir&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Si tu es tenté de faire remarquer que tous les hommes ne sont pas pareils, si
tu as envie d’avoir une chance d’être perçu comme un individu unique plutôt
qu’un membre comme les autres d’une engeance méprisable, retiens-toi, et reste
au contact de ta peur et de ta frustration.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Profite de cet état, pour te dire : « Oui c’est déplaisant de me sentir jugé sur
la seule base de mon appartenance à une classe/un genre… mais n’est-ce pas
précisément de cette expérience dont me fait part mon interlocutrice ? »
En renversant ainsi la perspective, tu as la chance de ressentir une partie de
ce que vit l’autre, et de le comprendre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De la même manière, si malgré tes efforts, tu ne reçois pas les messages
rassurants que tu attends, accueille également cette frustration comme une
chance de ressentir toi aussi ce que signifie le manque de reconnaissance et
d’empathie dont on te parle peut-être.&lt;/p&gt;

&lt;h2 id=&quot;déjouer-son-sentiment-dimpuissance&quot;&gt;Déjouer son sentiment d’impuissance&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;À force d’écouter, tu vas doucement prendre la mesure d’un gigantesque problème,
dont tu n’arriveras probablement pas à envisager le moindre embryon de solution.
Alors viendra en toi un sentiment d’impuissance, que tu voudras mettre
à distance le plus rapidement possible.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ne détourne pas ton attention, ne cède pas au désespoir.  Répète-toi les mots
suivants : « Écouter, c’est déjà agir : Il n’y aura pas d’action efficace sans
conscience, et pas de conscience sans écoute. »&lt;/p&gt;

&lt;h2 id=&quot;gérer-son-sentiment-de-culpabilité&quot;&gt;Gérer son sentiment de culpabilité&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Une autre émotion pourrait naître en toi : la culpabilité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est désagréable, certes. Mais c’est une bonne nouvelle aussi, pour deux
raisons au moins : c’est signe que tu te sens concerné, et c’est une force pour
améliorer la situation. Peut-être pourras-tu, à défaut de changer le monde, te
changer, un peu, toi-même ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Prends conscience de ce sentiment de culpabilité, mais ne le laisse pas s’installer.
La culpabilité ne te sert à rien si elle t’encourage à l’inertie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Utilise-la comme un moteur. Passe à l’action. Mais pas à n’importe quelle action.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tu pourrais être tenté de t’excuser plutôt que de présenter tes excuses. Ou
d’insister auprès de ton interlocutrice pour lui extorquer un pardon. Ne le
fais pas.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans l’immédiat, c’est le temps de l’écoute. Si on te parle d’un comportement
que tu es susceptible d’avoir déjà eu, assure-toi de bien comprendre la
souffrance que ce comportement crée, et cherche les indices qui te permettront
d’identifier une alternative plus appropriée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et si tu ressens de la honte, accueille-là comme le signe que tu es en train
d’acquérir une nouvelle capacité : une sensibilité qui va t’aider à identifier
immédiatement et sans effort les comportements inappropriés, et à en choisir de
meilleurs.&lt;/p&gt;

&lt;h2 id=&quot;tourner-son-attention-vers-sa-propre-subjectivité&quot;&gt;Tourner son attention vers sa propre subjectivité&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Si tu arrives à voir en quoi tu contribues à un système que tu réprouves, il
est temps d’envisager que tes comportements ne font partie de toi que dans la
mesure où tu les as appris.  Et qu’il ne s’agit d’ailleurs pas que de toi à
titre individuel, mais de toi en tant qu’individu conditionné par des
stéréotypes masculins.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ainsi, l’exercice d’écoute n’est plus tant une enquête sur la féminité de ton
interlocutrice, mais sur ta propre masculinité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quel comportement as-tu appris ? Saurais-tu apprendre autre chose, à la place ?
Si oui, que devrais-tu apprendre ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Apprendre à écouter vraiment est une première réponse.
Il y en a probablement bien d’autres.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quand tu écoutes, nourris l’espoir que tu vas découvrir des choses sur
toi-même, en particulier sur ta propre subjectivité. Comment as-tu réussi à
ignorer jusqu’à aujourd’hui ce que tu commences seulement à percevoir ? Laisse
toi guider par ta curiosité dans cette direction, sois attentif aux indices, qui
sait ce que tu vas découvrir ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Attention néanmoins : tourner ton attention vers ta propre condition pourrait
te détourner de ta quête d’égalité. Tu pourrais tomber dans le piège de
l’auto-apitoiement.&lt;/p&gt;

&lt;h1 id=&quot;il-aurait-encore-bien-dautres-choses-à-dire&quot;&gt;Il aurait encore bien d’autres choses à dire&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;Je n’ai parlé dans cette partie des astuces qui ont bien fonctionné pour moi.
Il y aurait probablement encore beaucoup de pratiques à (re)découvrir pour
déjouer de l’intérieur ses propres obstacles à l’écoute. N’hésitez pas à
partager vos propres astuces  en &lt;a href=&quot;mailto:raphaelp@ut7.fr&quot;&gt;m’envoyant un message&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’article suivant présentera dernière partie du guide : 
&lt;a href=&quot;http://ut7.fr/blog/2019/08/29/petit-guide-d-aikido-partie-4.html&quot;&gt;« Gérer les effets secondaires »&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Pub : Envie de travailler avec moi sur ces questions ? Rejoignez-moi à 
l’&lt;a href=&quot;https://agileopenfrance.com/saison/ete2019/&quot;&gt;Agile Open France Été&lt;/a&gt;,&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
</description>
    </item>
  
    <item>
      <title>Petit guide d'auto aïkido mental à l'usage de ceux qui veulent écouter les femmes quand elles parlent de sexisme - partie 2</title>
      <link>https://ut7.fr/blog/2019/05/30/petit-guide-d-aikido-partie-2.html</link>
      <guid isPermaLink="true">https://ut7.fr/blog/2019/05/30/petit-guide-d-aikido-partie-2.html</guid>
      <pubDate>Thu, 30 May 2019 00:00:00 +0200</pubDate>
      <description>&lt;p&gt;Ceci est la deuxième partie du guide d’auto aïkido entamé la semaine dernière sur ce blog.
Dans l’&lt;a href=&quot;/blog/2019/05/24/petit-guide-d-aikido-partie-1.html&quot;&gt;article précédent&lt;/a&gt;,
j’ai énoncé les règles à suivre pour se préparer, avant d’entrer en interaction.
Cette fois-ci, il s’agit de recommandations à suivre pendant la rencontre.&lt;/p&gt;

&lt;!--more--&gt;

&lt;h1 id=&quot;partie-2--ouvrir-les-écoutilles&quot;&gt;Partie 2 : Ouvrir les écoutilles&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;Pendant la conversation, tu peux faire deux choses en même temps.
Écouter. Et mettre en œuvre les recommandations suivantes.&lt;/p&gt;

&lt;h2 id=&quot;faire-preuve-de-générosité-herméneutique&quot;&gt;Faire preuve de générosité herméneutique&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Puisque la posture critique te vient trop tôt et t’empêche d’écouter, suspends
ton jugement aussi longtemps que possible, le temps de la conversation.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ton aptitude à mettre le doigt sur ce qui est inexact ou incohérent te joue
probablement des tours, en détournant ton attention de ce que tu pourrais
apprendre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si tu es tenté de faire valoir qu’un lien n’est pas logique, qu’une affirmation
est imprécise, qu’un terme est utilisé de manière abusive, qu’une donnée est
erronée, bref, si tu as envie de signaler une imperfection dans le discours de
ton interlocutrice, c’est peut-être le signe que tu es en train de te laisser
embarquer par ce mécanisme de défense qui consiste à se focaliser sur un point
de détail pour ne pas à faire face à ce qui est important.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mets donc cette capacité de côté un instant.
Plutôt que de chercher ce qui est faux, cherche ce qui pourrait être vrai, et
ce qui est nouveau pour toi. Et fais de ton mieux pour le comprendre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si tu ne comprends pas, fais l’hypothèse qu’il y a un sens, une cohérence,
que tu n’as pas encore saisi. Accepte cet état de doute, et sois attentif.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cherche les éléments de contexte qui te manquent pour établir la cohérence de ce
que tu entends.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Essaye de comprendre ce qu’on veut te dire plutôt que de t’arrêter sur chacun
des mots prononcés.  Sois attentif à ce qui t’est dit, mais ne te contente pas
des mots : prends conscience des attitudes, des expressions du visage, et du
contexte de  la conversation. Et efforce-toi de saisir dans son ensemble le
cadre dans lequel les mots que tu entends prennent sens.&lt;/p&gt;

&lt;h2 id=&quot;réviser-ses-techniques-découte-active&quot;&gt;Réviser ses techniques d’écoute active&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Tais-toi. Fais attention à ce qui t’es dit.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;/blog/2019/05/24/petit-guide-d-aikido-partie-1.html&quot;&gt;Profite de ta curiosité&lt;/a&gt;
pour poser des questions d’éclaircissement. C’est à dire des questions qui vont
t’aider à obtenir plus d’informations.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si tu as des objections, retiens-les. Plutôt que de les exposer, efforce-toi
d’identifier tes propres présupposés, et cherche à comprendre en quoi les siens
sont différents.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tu sais que la reformulation est un geste très utile quand il s’agit d’écouter.
Attention néanmoins aux reformulations, dans ce contexte précis : il y a vraiment
moyen de se planter. Compte tenu de la nouveauté du terrain que tu explores, il
est tout à fait probable que les mots que tu choisiras pour reformuler ce que
tu as compris soient si éloignés des perceptions de ton interlocutrice qu’elle aura
du mal à se reconnaître.
Vous pourriez l’un et l’autre perdre beaucoup d’énergie à tenter en vain de
vérifier que vous vous comprenez effectivement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si tu ne comprends pas, ou si tu es surpris, réjouis-toi.
L’incompréhension n’est pas un échec, c’est le début d’un processus
d’apprentissage.  La surprise, c’est le signe que tu découvres quelque chose de
nouveau.  Si cette conversation ne t’éclaire pas aujourd’hui, peut-être
contribuera-t-elle à une prise de conscience, plus tard ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si tu ne comprends pas, n’en rends pas ton interlocutrice responsable.  Et quoi
qu’il arrive, apprécie l’autre et toi-même pour le temps et l’attention qui te
sont offerts.&lt;/p&gt;

&lt;h2 id=&quot;lâcher-le-volant&quot;&gt;Lâcher le volant&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Même si tu as envie de fixer l’ordre du jour de la conversation, efforce-toi de
laisser l’autre en choisir la direction. Et accueille ce qui vient comme le
meilleur sujet possible, même si ce n’est pas ce que tu imaginais.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si tu penses que l’autre est hors sujet, prends-toi à contre-pied, en faisant
l’hypothèse du contraire : et si les mots que tu entends étaient en fait la
réponse à la question que tu n’as pas su poser, qu’apprendrais-tu de tes
propres attentes quant à cette conversation ?&lt;/p&gt;

&lt;h1 id=&quot;ce-nest-pas-fini&quot;&gt;Ce n’est pas fini&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;Voilà pour la partie deux de ce guide.
Titre du chapitre suivant : &lt;a href=&quot;/blog/2019/06/28/petit-guide-d-aikido-partie-3.html&quot;&gt;« Être à l’écoute de soi »&lt;/a&gt;.
Vos réactions, et en particulier vos retours d’expérience sont les
&lt;a href=&quot;mailto:raphaelp@ut7.fr&quot;&gt;bienvenus&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Pub : Envie de travailler avec moi sur ces questions ? Rejoignez-moi à 
l’&lt;a href=&quot;https://agileopenfrance.com/saison/ete2019/&quot;&gt;Agile Open France Été&lt;/a&gt;,&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
</description>
    </item>
  
    <item>
      <title>Petit guide d'auto aïkido mental à l'usage de ceux qui veulent écouter les femmes quand elles parlent de sexisme - partie 1</title>
      <link>https://ut7.fr/blog/2019/05/24/petit-guide-d-aikido-partie-1.html</link>
      <guid isPermaLink="true">https://ut7.fr/blog/2019/05/24/petit-guide-d-aikido-partie-1.html</guid>
      <pubDate>Fri, 24 May 2019 00:00:00 +0200</pubDate>
      <description>&lt;p&gt;Dans l’&lt;a href=&quot;/blog/2019/01/15/ce-qui-se-passe-en-moi-quand-une-femme-me-parle-de-sexisme.html&quot;&gt;article précédent&lt;/a&gt;,
je raconte comment j’ai réalisé que mes réflexes de défense m’empêchent
d’écouter, et par conséquent de comprendre, quand une femme me parle de
sexisme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ces défenses, j’ai tenté de les déjouer par diverses astuces, et permettre
ainsi une écoute de qualité. Certaines de ces astuces ont bien fonctionné.
Qu’il s’agisse d’habiles contournements, ou bien de détournements abusifs, je
compile ces gestes dans le présent article, sous forme d’un guide d’auto aïkido
mental, adressé à ma propre personne.&lt;/p&gt;

&lt;!--more--&gt;

&lt;p&gt;Si je pouvais remettre ce guide à la personne que j’étais il y a quelques
années, voilà ce que je lui dirais :&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
  &lt;p&gt;« Que ce guide soit à ton écoute ce que les petites roues ont été à ton
apprentissage du vélo : un dispositif d’entraînement qui t’aidera à
progresser.  Si tu le trouves encombrant, souviens-toi que sa vocation, c’est
de t’apprendre à t’en passer.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;blockquote&gt;
  &lt;p&gt;En t’entraînant suffisamment, tu développeras ton attention et ta sensibilité
à des signaux auparavant imperceptibles.
Alors viendra une écoute plus simple, débarrassée de tout dialogue interne assourdissant,
et peut-être même aussi une empathie authentique.
Tu pourras alors te débarrasser de ces petites roues, et te reposer sur ta
perception et ta pensée critique sans craindre qu’elles ne te jouent encore des
tours. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;À toute personne lisant ce guide : Puisse sa lecture t’être utile, qui que tu
sois. À toutes fins utiles, sache qu’il a été écrit par et pour un homme,
blanc, hétéro, cis, parisien, ingénieur en informatique, de 43 ans.&lt;/p&gt;

&lt;h1 id=&quot;partie-1--se-préparer-à-lenquête&quot;&gt;Partie 1 : Se préparer à l’enquête&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;Voici quelques recommandations pour te mettre en condition d’écouter.&lt;/p&gt;

&lt;h2 id=&quot;susciter-la-curiosité&quot;&gt;Susciter la curiosité&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;As-tu déjà observé une situation où une personne ne voit pas un truc énorme
qu’elle a pourtant sous le nez ? Amusant, non ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et si c’était pareil pour toi ?  Il y a peut-être un truc énorme, tout autour
de toi, que tu es incapable de voir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce n’est pas un bête manque d’attention de ta part. S’il existe, ce qui
t’empêche de le voir est probablement à la fois puissant et subtile.  Comme un
énorme dragon dans ta chambre, qui se dématérialiserait dès que tu tournes ton
regard vers lui, et qui réapparaît dans ton dos.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais ce dragon doit bien laisser des traces.  Alors prends ta loupe et ton
déguisement de Sherlock Holmes, et mobilise tes meilleurs éléments (toutes les
parties de toi même) sur l’enquête.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et prépare-toi à être surpris !&lt;/p&gt;

&lt;h2 id=&quot;postuler-son-ignorance&quot;&gt;Postuler son ignorance&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Si tu lis ce guide, c’est que tu es conscient que tu as des choses à apprendre.
Sur le sexisme, ou des réalités connexes à la question du sexisme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Rappelle-toi que même si tu t’intéresses au sujet depuis quelque temps, ce que
tu sais déjà doit être bien peu de chose, en comparaison à ce que savent
les personnes qui ont dû faire face à ces questions depuis le début de leur vie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tu es un padawan, entourés d’expertes.&lt;/p&gt;

&lt;h2 id=&quot;reconnaître-les-obstacles-intérieurs&quot;&gt;Reconnaître les obstacles intérieurs&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Souviens-toi, ce qui t’empêche de voir est probablement à l’intérieur.
Pour t’en convaincre, relis l’article précédent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si ça ne te suffit pas, tu peux aussi étudier ce que sont les mécanismes de
défense, et les biais psychologiques, dans la perspective d’une recherche sur
toi-même.  En particulier, intéresse-toi à ce qu’est le biais de confirmation.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Fort de ces connaissances, tu seras tenté d’expliquer les comportements des
autres.  Ne le fais pas, car suivre cette piste t’éloignerait de ta cible.  Ces
connaissances ne te seront utiles dans ta quête que si elles t’aident à
comprendre comment &lt;em&gt;tu&lt;/em&gt; penses, toi et personne d’autre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Essaie de te détacher de ton souhait d’avoir un regard objectif. C’est avant
tout la part subjective de ta perception qui doit faire l’objet de ton attention.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N’oublie pas : ton terrain d’enquête, c’est autant l’intérieur que l’extérieur.&lt;/p&gt;

&lt;h2 id=&quot;entretenir-le-doute&quot;&gt;Entretenir le doute&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Voici ton mantra : « Si ce que tu comprends t’arrange bien, méfie-toi ».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Accueille le doute comme un allié, une ressource, qui va t’aider à entretenir
ta motivation à enquêter.  Ne saute pas sur les conclusions.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si tu te sens inconfortable, et si tu ne sais plus quoi penser, accueille cet
événement comme une bonne nouvelle.  Tu peux te contenter de dire « je ne sais plus
quoi penser », et apprendre à vivre avec cet état d’incertitude.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et ne cesse jamais d’entretenir ce doute, car les perspectives qui t’éclairent
aujourd’hui créent de nouvelles certitudes, qui t’aveugleront peut-être demain.&lt;/p&gt;

&lt;h2 id=&quot;transcender-son-envie-de-cookie&quot;&gt;Transcender son envie de cookie&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Tu le sais : une partie de toi se perçoit comme un mec bien, mais elle en doute
quand même un peu.  Cette partie de toi a très envie d’entendre d’autres
personnes te rassurer, te confirmant que tu es un mec bien.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D’ailleurs, c’est ce même besoin de reconnaissance qui fait que c’est difficile
pour toi d’accepter d’être mis dans le même sac que tous les autres hommes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette envie, ce serait dommage de la jeter à la poubelle, puisque c’est elle
qui te donne l’élan nécessaire pour aller écouter ce que tu ne connais pas, et
suivre ce guide, aussi. Donc, laisse-toi porter par cette envie, mais jusqu’à
un certain point seulement… suffisamment pour sortir de ta zone de confort.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais pas trop quand même : n’attends surtout pas qu’on t’envoie les
messages rassurants que tu viens chercher.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour ce faire, imagine les mots que tu dirais, et l’attitude que tu prendrais,
si tu voulais demander des paroles rassurantes. C’est bon ? Tu arrives à
imaginer ? Et bien, ne le fais pas. Et si c’est frustrant, patience :
tu apprendras quoi faire de cette frustration dans la suite du ce guide.&lt;/p&gt;

&lt;h1 id=&quot;bientôt-la-suite&quot;&gt;Bientôt la suite&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;C’est tout pour cette première partie. Ce guide en contient 3 autres, qui seront publiées
dans les semaines qui viennent. Titre du 
&lt;a href=&quot;/blog/2019/05/30/petit-guide-d-aikido-partie-2.html&quot;&gt;chapitre suivant : « Ouvrir les écoutilles »&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En attendant, pratiquez !
Vos réactions, et en particulier vos retours d’expérience sont les
&lt;a href=&quot;mailto:raphaelp@ut7.fr&quot;&gt;bienvenus&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

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